
Le film Marche ou crève est sorti au cinéma le 1er octobre 2025. L’adaptation du roman de Stephen King est-elle un succès ou un échec ? Le verdict est-il à la hauteur du “maître de l’horreur” ?
Publié en 1979 sous le pseudonyme Richard Bachman, le roman Marche ou crève est un des best-sellers qui ont contribué à forger la réputation de Stephen King en tant que “maître de l’horreur”. Dans ce livre, cent adolescents volontaires, âgés de moins de 18 ans, participent chaque 1er mai à une marche en vue de gagner une récompense incroyable : Le Prix, qui n’est autre qu’une grosse somme d’argent, à laquelle s’ajoute la réalisation de n’importe quel souhait. Cependant, devenir le grand gagnant de la Longue Marche n’est pas une tâche aisée.
Marche ou crève : un roman à succès
En effet, les participants sont éliminés au fur et à mesure de la compétition. Ils sont littéralement exécutés lorsqu’ils n’arrivent plus à suivre la cadence. Au cours de la Longue Marche, ils doivent maintenir un rythme de 6,5 km/h. Ils ont un avertissement toutes les trente secondes s’ils ralentissent. Des soldats les exécutent après trois avertissements. La Longue Marche est un événement médiatique majeur dans cette société dystopique. Les marcheurs sont suivis par la télévision, tandis qu’une foule déchaînée encourage les candidats lors de leur passage.
Dans le roman, le contraste entre la déshumanisation de ces jeunes garçons qui effleurent à peine l’âge adulte, et les liens qu’ils tissent avec leurs compagnons d’infortune est saisissant. Les adolescents sont remplis de doutes et d’espoir, ils connaissent leurs noms, se confient et plaisantent au début de la marche. L’auteur a mis l’accent sur l’humanité de ces jeunes hommes à de nombreuses reprises dans le roman. “Parler, c’était ce que faisaient les vivants”, lit-on par exemple dans un extrait.
Les avertissements sont délivrés sans pitié par des soldats à l’affût de la moindre faille. Détachés, froids, ils désignent les candidats par leurs numéros d’appel. Des numéros, c’est ce que sont les marcheurs aux yeux de ceux qui leur donnent “leurs tickets”, comme il est écrit dans le roman. Un fait souligné par l’un des participants au cours de l’intrigue. Les exécutions se suivent rapidement, tandis que la peur s’installe parmi ces jeunes rêveurs qui se rendent compte que leurs vies ne tiennent qu’à un fil, ou qu’à leurs pas…
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Un titre implacable
Si The Long Walk est le titre anglais, le titre français Marche ou crève, prend tout son sens ici. “Marche ou crève, c’est la morale de cette histoire. Pas plus compliqué”, dit d’ailleurs l’un des personnages à Ray Garraty, jeune homme âgé de 16 ans et héros de l’histoire.
Rapidement, la volonté de gagner “Le Prix” et voir son plus grand souhait exaucé s’efface pour les participants. “Qu’est-ce que je fais ici ?”, s’interroge l’un, tandis que d’autres se posent la même question. Galvanisés par le Commandant et la propagande autour de la Longue Marche, beaucoup se rendent compte trop tard qu’ils ont pris un aller sans retour. Une prise de conscience brutale.
Et si Marche ou crève était une simple critique de la société capitaliste, consumériste, qui broie les individus ? Le système est assimilé à une implacable machine qui use de la résistance de ces derniers, à force de puiser dans leurs ressources. C’est en tout cas, l’une des lectures que j’en retiens en sortant de ma séance, en ce début d’octobre 2025 (le film est sorti au cinéma le 1er octobre 2025). Il faut dire que j’étais une adolescente quand j’ai lu le livre pour la première fois.
Si le destin des protagonistes m’avait frappée, ma conclusion était qu’ils avaient été trompés pour alimenter une machine médiatique qui n’offrait d’avantages qu’aux organisateurs de la Longue Marche. J’estimais que le gagnant avait peut-être obtenu tout ce qu’il désirait, mais je m’interrogeais : cette victoire en valait-elle la peine, sachant qu’il resterait hanté par les fantômes des amis perdus lors de cet événement traumatisant ?
Marche ou crève : une adaptation remaniée

Dans l’adaptation cinématographique, réalisée par Francis Lawrence, ils sont cinquante à prendre la route pour la Longue Marche, sous l’égide du Commandant, interprété par Mark Hamill. Seuls les jeunes hommes âgés de plus de 18 ans sont autorisés à y participer, contrairement au roman dans lequel le jeune âge des participants ajoute à la cruauté de leur destin.
Ray Garraty, joué par Cooper Hoffman, noue très rapidement des liens avec plusieurs candidats. Parmi ceux-ci, on compte Hank Olson (Ben Wong) et Peter McVries (David Jonsson). Ce dernier va s’avérer être un véritable soutien pour le jeune homme originaire du Maine, au cours de cette funeste épopée. Les liens entre les participants sont très bien mis en image dans le film. Des amitiés fortes naissent en même temps que les pas s’égrènent sur la route.
Tout comme dans le livre, les exécutions sommaires sont tragiques. Elles sont violentes, sans appel, du fait d’une perception majorée par l’image. En tant que spectatrice, elles m’ont souvent choquée, d’autant plus que l’on a tendance à s’attacher assez vite aux héros.
Film Marche ou crève : un personnage qui sort du lot
Le personnage de McVries, joué avec brio par David Jonsson, sort du lot, au cours du long-métrage, à tel point qu’il vole presque la vedette à Ray Garraty, personnage central du roman. Les liens humains, l’amitié, l’empathie, l’entraide développés par certains contrastent également avec les cruelles règles du jeu imposées par la société dystopique dans laquelle évoluent Garraty, McVries et leurs compagnons d’infortune, dans l’adaptation, tout comme dans le livre.

Les liens que Peter McVries noue avec Ray Garraty sont accentués dans cette version cinématographique. Malmené par la vie, le jeune homme n’en délivre pas moins un message lumineux tout au long du film. Un message qui contraste avec la violence qui se déchaîne tout à coup, lorsque les soldats exécutent les candidats de la Longue Marche. C’est d’ailleurs lui qui prononce la tirade : “Marche ou crève, c’est la morale de cette histoire.” Une morale qui s’applique à la vie avec un grand V ? C’est la question que je me suis posée lors de mon visionnage.
Les acteurs sont incroyables de justesse. On ressent vraiment la force de l’amitié qu’ils nouent au cours de la marche. Mark Hamill campe un Commandant charismatique, sans pitié et dont les motivations restent mystérieuses.
La Longue Marche : une métaphore de la vie ?
La route empruntée par les marcheurs devient un personnage à part entière, apparaissant comme une métaphore de la vie et de son déroulement. Une vie parfois difficile, brutale, adoucie par les liens familiaux et amicaux et le soutien que l’on peut y trouver. Une vie qui laisse malheureusement parfois certains individus sur le carreau, tout simplement parce qu’ils n’en peuvent plus.
Marche ou crève est criant de réalisme : révoltant, émouvant et touchant à plusieurs reprises. La fin peut surprendre les fans de Stephen King. En effet, elle diffère complètement de celle rédigée par le célèbre auteur. À chacun de l’interpréter comme il l’entend. Pour ma part, je trouve que cette fin gâche quelque peu le message d’espoir magnifiquement distillé par le personnage de McVries. Même si je comprends pourquoi ce choix a été fait.
Cette version cinématographique de Marche ou crève est clairement réussie. Elle nous livre un vibrant message d’espoir, de fraternité et d’humanité, malgré un contexte violent et totalitaire. C’est une véritable prouesse réalisée par l’équipe de production, les scénaristes et Francis Lawrence, d’autant plus remarquable qu’elle s’ajoute à la qualité du roman original.
Crédit photos : Metropolitan FilmExport
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