Disponible depuis le 7 octobre 2026 sur Prime Video, la série Carrie est une revisite du 1er roman de Stephen King orchestrée par le scénariste et réalisateur Mike Flanagan. Que vaut cette nouvelle adaptation du classique du roman d’horreur ? Review et critique de la série (Spoilers).

Supervisée par Mike Flanagan, la série Carrie a été mise en ligne le 7 octobre 2026 sur Prime Video. Adaptée du premier roman éponyme de Stephen King, publié en 1974, elle compte huit épisodes au total. Dans l’oeuvre originale, l’intrigue se déroule en 1979 et suit l’histoire de Carrie, une jeune fille timide et réservée qui est maltraitée par sa mère et ses camarades de classe depuis son enfance. Margaret White est en une femme religieuse, fanatique, qui punit régulièrement sa fille et la séquestre dans « un placard à prières ». Une punition de plus en plus régulière, car Carrie la terrorise au fur et à mesure du roman. En effet, l’adolescente de 16 ans a développé des pouvoirs télékinétiques. Elle déplace les objets à l’aide de son esprit.

La 1ère scène décrite dans le roman marque le ton. Carrie a ses premières règles dans les douches après un cours de sport. Elle est terrorisée et est persuadée qu’elle va mourir, car sa mère ne lui a jamais parlé des menstruations. Ce choc émotionnel est aggravé par le fait qu’elle est humiliée par les filles de sa classe qui se moquent d’elle et lui jettent des tampons et des serviettes hygiéniques au visage. Les brimades vont continuer au fur et à mesure de l’intrigue, jusqu’à ce que Carrie, qui maîtrise de mieux en mieux ses pouvoirs, craque après une blague cruelle. Le roman se termine par un drame et de nombreux morts sont à déplorer.

Série Carrie : une version moderne de l’héroine imaginée par Stephen King

La série adaptée du roman de Stephen King a été replacée dans un contexte moderne. Mike Flanagan l’a décrite comme une réimagination de l’histoire écrite par Stephen King. La mort de Ralph, le père de Carrie, est évoquée dans le 1er épisode. La police retrouve la jeune fille et sa mère cachées dans un placard, dans leur maison. La vie de Carrie va changer à la suite de ce drame. Scolarisée à domicile, elle se retrouve propulsée dans un univers qu’elle ne connaît pas : le lycée public. Carrie est totalement décalée par rapport à ses camardes férus de smartphones et de réseaux sociaux. Ses premier pas au lycée sont marqués par ses réactions maladroites qui surprennent ou agacent ses camarades de classe.

Quelques signes indiquent que les pouvoirs de Carrie se manifestent. Des objets chutent ou des ampoules éclatent en sa présence, lorsqu’elle est sous le coup d’une forte émotion. La série met également rapidement en avant la relation entre Carrie et sa mère, qui utilise la religion pour dominer son enfant. Maltraitée chez elle, Carrie l’est aussi au lycée. Chris Hargensen (Alison Thornton), meilleure amie de Sue Snell (Siena Agudong), l’un des principaux personnages du roman, la prend en grippe et fait rapidement de sa vie un enfer.

La scène des douches est assez proche de celle du roman. Les smartphone s’invitent toutefois à la fête. Et le cyberharcèlement commence. Comme dans le roman Sue Snell fait preuve de compassion avec Carrie, tout en faisant parfois preuve de sarcasme et d’agacement à plusieurs reprises. Elle est prise de remords après la scène de la douche et après avoir trouvé le surnom Carrie Red. Sa meilleure amie va toutefois agir derrière son dos et créer le compte Instagram Carrie Red pour se moquer de Carrie, des élèves et professeurs du lycée. Après avoir laissé le compte en privé, elle le met en ligne après une déception. Malheureusement pour Carrie, le compte devient populaire, et elle beaucoup moins auprès des élèves du lycée (bien que la majorité d’entre eux pensent que ce n’est pas elle qui gère le compte).

Carrie et Margaret White : des personnalité plus affirmées

Le caractère de Carrie diffère de celui du roman. Si dans l’oeuvre de Stephen King, la jeune fille aux capacités télékinétiques apparaît effacée, réservée et traumatisée par des années de mauvais traitements, elle est plus affirmée et réactive dans la série. Elle se trouve une nouvelle amie, Emaline, qu’elle est la seule à voir, ce qui la fait paraître bizarre aux yeux des lycéens. Cette dernière va s’avérer être un guide pour l’adolescente. Elle va notamment l’aider à s’entraîner et à développer ses pouvoirs. C’est à la fin de l’épisode 5 que l’intrigue confirme que seule Carrie la voit. On apprend plus tard qu’Emaline est capable de projection astrale. Elle projette son image dans d’autres lieux.

Autres faits notables : Carrie est plus sociable que dans le roman original. Elle participe en effet à une fête et fait le mur pour s’y rendre. Elle discute avec d’autres lycéens et s’amuse comme une folle. En outre, elle confronte sa harceleuse. Elle lui demande les raisons qui ont poussé Chris à la harceler, question à laquelle cette dernière ne sait pas répondre autrement qu’en disant : « T’étais bizarre et tu me saoulais. C’était pour rire ». Sous l’influence d’Emaline, Carrie utilise ses pouvoirs après une provocation de Chris et lui casse le nez. Elle apparaît ainsi comme une victime, mais pas seulement, étant donné qu’elle réplique face à certaines attaques et qu’elle impose sa volonté à sa mère en utilisant ses pouvoirs.

Margaret White, bien que bigote, se révèle plus réactive face à l’adversité que dans le roman. Elle réplique malicieusement et sournoisement aux attaques orchestrées contre sa fille. Elle lance des rumeurs dans le lycée concernant Chris Hargensen, révélant qu’elle a créé le compte Carrie Red. Elle fait renvoyer sa supérieure, qui l’a rétrogradée, en utilisant le même procédé. Elle créé un compte Instagram et devient influente auprès des parents d’élèves, devenant une figure de la lutte contre le cyberharcèlement. La maltraitance envers Carrie est bien exposée : sa fille n’a pas voix au chapitre face à elle et est souvent punie, enfermée dans le « placard à prières ». Margaret White contrôle les faits et gestes de sa fille et va même jusqu’à installer des caméras de surveillance chez elle pour savoir ce que celle-ci fait lorsqu’elle travaille. Des actions qui vont régulièrement mettre Carrie en colère. Elle finira d’ailleurs par confronter sa mère et par la décrire comme une personne tyrannique, méchante et mesquine. L’adolescente utilisera ses pouvoirs pour la remettre à sa pace et retrouver un peu de liberté d’action.

Série Carrie : critique d’un regard novateur sur le harcèlement et les dynamiques de pouvoir

Un point innovant: l’histoire de notre jeune héroine est racontée par plusieurs protagonistes. Les personnages témoignent après la tragédie qui a touché Chamberlain, ville fictive du Maine dans laquelle vit Carrie. Ils sont interrogés par une mystérieuse femme. Carrie n’a jamais été à l’école, elle intègre le lycée au début de la série. En classe de seconde, elle côtoie des élèves plus âgés. Et le choc des cultures est rapidement constaté.

Harcèlement : les causes derrière le comportement évoquées

Contrairement au roman, Chris Hargensen apparaît comme une jeune femme en souffrance. Son père est endetté et ne peut assurer les frais de scolarité de son université. Elle souffre du divorce de ses parents et ne supporte pas sa belle-soeur. Elle se sent à l’écart dans le nouveau foyer construit par sa mère et son beau-père. Elle semble déverser ses frustrations sur l’héroine de la série à chaque déception ou blessure. Elle s’acharne régulièrement sur Carrie. C’est d’ailleurs après une frustration qu’elle poste la vidéo montrant Carrie paniquée dans la douche alors qu’elle a ses règles. Elle créé même un compte Instagram en usurpant l’image de cette dernière pour l’humilier, insulter les élèves et professeurs du lycée sous couvert d’anonymat.

Son manque d’empathie et son manque de considération pour la jeune fille et les personnes qu’elle attaque par le biais du compte Carrie Red est troublant. Elle ne semble en outre ressentir aucune culpabilité face à l’incidence de ses actions et des posts accusateurs qu’elle publie. Cet aspect psychologique n’a pas du tout été abordé dans le roman de Stephen King. Ces problématiques font apparaître Chris Hargensen plus humaine, ce qui n’enlève rien à la portée et à la gravité de ses actes. Ce prisme met la question de la santé mentale au premier plan, notamment dans le cadre des relations et des dynamiques sociales.

Série Carrie : les conséquences du cyberharcèlement

Les conséquences du cyberharcèlement sont abordées dans la série. Chris Hargensen, qui a visé des élèves, des professeurs et des parents d’élèves sur Instagram, est démasquée. Elle refuse toutefois de prendre ses responsabilités et de s’excuser lors d’une médiation avec Carrie. Elle est donc exclue du lycée. Ses parents, engagés dans une procédure de divorce compliquée, se déchirent à propos des actes perpétrés par leur fille. La mère évoque un suivi psychologique pour l’aider à travailler sur ses dynamiques relationnelles problématiques. Chris a en effet été impliquée à plusieurs reprises dans des faits de harcèlement. La dimension psychologique est clairement mise en avant dans la série Prime Video.

Une émeute éclate dans le lycée, déchiré par des procès intentés par les parents envers les responsables pédagogiques, lors de la médiation. Les élèves ont appris que Chris est présente dans l’établissement et exigent son expulsion pure et simple. Les passions se déchaînent et des bagarres éclatent. La police est appelée en renfort. On apprend que les relations sont apaisées quelques semaines plus tard, après l’expulsion de la harceleuse.

Autres drames : un professeur se suicide après que sa liaison avec une élève a été révélée (par hasard) sur le compte Carrie Red. L’adolescente de 15 ans n’est autre que la belle-soeur de Chris, et elle n’hésite pas à attribuer la mort du professeur à la harceleuse. La pédocriminalité et le suicide sont des problématiques auxquelles les adolescents sont exposés chaque jour. Mike Flanagan n’a pas hésité à aborder ces questions de société dans cette adaptation de Carrie. La prévention et la lutte contre ces fléaux, qui ont des conséquences désastreuses chaque jour, restent essentielles.

Vers une saison 2 de la série Carrie ?

Il est clair que le roman Carrie adresse un message fort contre le harcèlement. Des années de maltraitance entraînent Carrie sur la voie de la vengeance, avec des conséquences dramatiques. L’héroine meurt dans les bras de Sue Snell après avoir été mortellement blessée par sa mère. Dans le film de Brian de Palma, prise de remords après avoir tué sa mère (qui l’a attaquée), Carrie utilise ses pouvoirs pour provoquer l’effondrement du plafond de leur maison.

La fin de la saison 1 de Carrie diffère de l’histoire originale. Exclue du lycée, Chris orchestre sa vengeance avec son petit ami. Elle installe un seau de sang de porc en hauteur dans la salle du bal de promo. Carrie y participe et est élue reine du bal avec son cavalier, l’ex de Sue Snell. Le piège se referme lorsqu’elle est couronnée, face à tous les élèves participants. Chris renverse le seau sur Carrie…, qui perd la raison. Elle laisse le contrôle de son corps à Emaline, qui exploite alors les pouvoirs de Carrie pour mettre le feu à la salle de bal et électrocuter tous les participants. Sue Snell, qui s’est introduite dans la salle pour éviter un drame est la seule à être épargnée. Nouveauté : Emaline a été appuyée par deux autres jeunes filles dotées capacités (notamment la télékinésie), pour orchestrer ce drame. Carrie, qui a quitté les lieux avant le grand incendie, reprend conscience après qu’Emaline a expulsé de la route la voiture dans laquelle se trouve Chris. Son petit ami et elle ont tenté d’écraser Carrie.

Comme dans le livre, Margaret White tente d’éliminer sa fille lorsqu’elle rentre chez elle et cherche du réconfort auprès d’elle, mais Carrie la neutralise. Elle provoque ensuite l’écroulement du plafond. Le roman se termine sur la mort tragique des deux personnages…, qui survivent dans la série. Margaret a fait appel à la télékinésie pour retenir les fragments de plafond qui sont tombés sur elle. Un élément révélé lorsqu’elle est interrogée par une protagoniste qui se révèle télépathe. L’un des aspects intéressants de la série est que d’autres personnages dotés de pouvoirs s’intéressent également à Carrie, car ils ont perçu ses capacités. Certains termes utilisés dans les romans de Stephen King sont utilisés pour les désigner. Les TK, par exemple, sont des individus capables de télékinésie. Ils sont centraux dans le roman L’Institut, adapté en série (saison 1 disponible sur HBO Max). On retrouve également le terme dans le roman Carrie. On découvre donc que la personne qui interroge les survivants est télépathe. Elle élimine la mère de Carrie en lui faisant insufflant l’idée que son coeur s’arrête de battre progressivement par télépathie. On découvre que ce groupe de personnes dotées de capacités similaires à celles de Carrie recherche les siens et assure leur survie. Carrie, quant à elle, est rejointe par Emaline (qui se présente en chair et en os) et la récupère après qu’elle se soit extirpée des décombres de sa maison. La série se termine alors que Carrie prend la route vers sa nouvelle vie, entourée de ses semblables. Une fin qui ouvre une voie à une possible seconde saison de la série Carrie qui réécrirait totalement l’histoire de Carrietta « Carrie » White, hors des sentiers balisés par Stephen King.